Parlons avec nos enfants


 
   S'il existe un problème vraiment tragique entre les adolescents et les adultes, il vient de l'absence de communication. Les portes ne s'ouvrent au moment de l'adolescence que si un courant de sympathie a été établi quand l'enfant était petit. Ceci dépend de notre aptitude à respecter l'enfant même quand nous ne sommes pas d'accord avec lui. Quand nous prenons le temps d'y penser, nous réalisons avec stupeur cette merveille qu'est le développement chez l'enfant de la faculté de penser. De son propre chef, et souvent sans s'en rendre compte, il observe, tire des conclusions, les organise en système et ensuite agit en conséquence. Il a un jugement personnel. Trop souvent nous utilisons cette expression en voulant parler de désobéissance ou de révolte. Nous souffrons de ces « transgressions » et essayons de l'influencer à travers ce que nous pensons. Nous voulons faire entrer son caractère, son intelligence, sa personnalité « dans un moule » comme s'il était en argile et que nous pouvions le « former ».

   Vu par l'enfant, c'est de la tyrannie, et c'est exact. Cela ne signifie point que nous ne pouvons ni ne devons l'influencer et le guider. Cela veut simplement dire que nous ne pouvons l'obliger à entrer dans « notre » moule.

   Chaque enfant a sa créativité propre et répond ou réagit à ce qu'il rencontre dans sa vie. Chaque enfant a son mot à dire dans la formation de sa personnalité.

   Notre rôle de parent étant de guider nos enfants, il serait sage que nous découvrions comment et en quoi nous les guidons. Nous pouvons beaucoup apprendre en observant le comportement de nos enfants et en découvrant leurs mobiles ; nous en apprendrons davantage si nous voulons découvrir ce qu'ils pensent. Ce n'est pas tellement difficile, en vérité, car les jeunes enfants s'expriment très librement. Si nous les rebutons en les critiquant, en les admonestant, en trouvant qu'ils se trompent, ils s'efforceront vite de ne plus s'exposer à des expériences aussi désagréables. Nous fermons ainsi progressivement les portes à la communication.

   Si, d'autre part, nous acceptons simplement les idées d'un enfant, les examinons avec lui, envisageons avec lui ses possibilités d'avenir, si nous nous posons des questions telles que « Qu'est-ce qui va arriver ? Comment l'envisages-tu ? Comment l'autre va-t-il l'envisager ? » l'enfant ne se trouve plus seul devant sa quête de solutions aux problèmes de la vie. Poser des questions orientées reste encore l'une des meilleures méthodes pour transmettre des idées.

   Il est ridicule d'attendre qu'un enfant n'ait que des idées « justes ». Lui dire qu'il a « tort » et que nous avons « raison » le fait simplement s'exclamer (il en serait de même pour nous). C'est en fait lui parler.

   « Bill, tu sais que ce n'est pas bien de détester ta sœur. Tu devrais avoir honte ! Tu dois l'aimer. Tu es son grand frère. » Tout cela, c'est parler à l'enfant.

   D'autre part : « Je me demande pourquoi un garçon déteste sa sœur. En as-tu une idée ? — C'est parce qu'elle m'ennuie ! — Qu'est-ce qu'un garçon peut faire d'autre que détester sa sœur ? »

   Voilà une discussion : nous acceptons l'idée que Bill déteste sa sœur sans notion morale de bien ou de mal. C'est possible. Pourquoi et comment du point de vue de l'enfant ? C'est ce que nous voulons tirer au clair.

   En tant que parents, nous sommes trop enclins à penser que nous savons ce que ressent l'enfant. « Je me rappelle ce que je ressentais quand ma sœur captait toute l'attention de grand-mère parce qu'elle était si charmante. Je ne veux pas que ceci arrive à mon enfant. » En réalité, ma fille ne peut pas laisser sa petite sœur accaparer toute l'attention. Au lieu de lui en vouloir comme j'ai fait avec ma sœur, elle peut essayer de la dépasser de façon déplaisante. Mon enfant peut avoir un point de vue totalement différent. Peut-être ferais-je mieux de découvrir ce qu'elle ressent sans préjuger qu'elle réagit comme je l'ai fait en essayant d'être sage et supérieure.

   Nous-mêmes pouvons admettre qu'il y a plus d'un point de vue, qu'il n'y a pas une façon unique de voir les choses, la nôtre. Soyons très prudents en découvrant que notre enfant voit les choses différemment. Si nous disons quelque chose qui lui fait perdre la face, nous fermons immédiatement la porte à toute confidence. Il est nécessaire d'être prêts à admettre et à reconnaître la valeur d'un point de vue différent du nôtre. « Tu peux avoir entièrement raison, nous devons y penser et voir ce qui arrivera. »

   Dans une situation entre égaux, chacun peut chercher à réévaluer sa propre opinion indépendamment de toute idée rigide de « bien » et de « mal », mais en recherchant des résultats pratiques. Si nous voulons que nos enfants changent d'opinions nous devons les amener à voir qu'une autre façon de faire aboutirait à de meilleurs résultats. Nous devons accepter nos enfants comme partenaires décidés à créer une harmonie familiale. Leurs idées et leurs points de vue sont importants, surtout lorsqu'ils agissent en accord avec eux. Ces idées constituent la logique personnelle de l'enfant, les raisons inconscientes de son comportement. Dire à un enfant de ne pas faire ce qu'il sait déjà être mal est vain, puisque sa mauvaise conduite représente le moyen d'atteindre son but erroné. Ces sortes de rappels à l'ordre renforcent seulement sa détermination. Il trouve qu'il a droit à ses propres opinions. On ne peut lui démontrer le contraire par la logique. On comprend par la psychologie que le fait même d'être désagréable devient désirable s'il attire l'attention, accorde un pouvoir ou renforce une fausse opinion de soi-même. Écouter notre enfant signifie découvrir sa logique. L'aider c'est le guider vers un point de vue différent à partir duquel il découvrira des avantages non encore perçus jusque là. Un enfant qui veut être fort peut aussi souhaiter d'être aimé. Peut-être pourrions-nous discuter de la difficulté à avoir les deux. Il peut commencer à voir qu'il ne sera pas aimé s'il veut être brutal, et il devra décider d'un choix. Lui dire brusquement : « On ne t'aimera pas si tu es brutal » l'incitera seulement à plus d'agressivité. « Qu'est-ce qu'on ressent devant une brute ? Si un enfant brutal cherche à être aimé, que doit-il faire ? A-t-il un choix ? » De telles questions conduisent l'enfant à découvrir ce qui se passe et le rôle qu'il joue dans l'affaire. Il doit même admettre que c'est à lui de décider !

  
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