L'éducation de l'enfant à la lumière de la science spirituelle



   La naissance physique expose le corps physique de l'homme à l'environnement physique du monde extérieur, alors qu'auparavant il était entouré par l'enveloppe maternelle protectrice. L'action exercée précédemment par les forces et les humeurs de l'enveloppe maternelle, ce sont maintenant les forces et les éléments du monde physique extérieur qui doivent l'exercer. Jusqu'à la deuxième dentition, le corps de l'homme doit accomplir sur lui-même une tâche essentiellement différente de celle de toutes les autres époques de la vie. Les organes physiques doivent alors se mouler en certaines formes ; ils doivent dans leurs structures recevoir certaines orientations et certaines tendances. Plus tard aura lieu la croissance, mais ce sera, pour toutes les années ultérieures, en fonction des formes qui se seront constituées jusqu'à la septième année. Si ces formes sont normales, ce seront des formes normales qui grandiront ; et de même si ce sont des formes anormales. Ce que l'éducateur aura négligé de faire pendant cette première période ne pourra pas être rattrapé ultérieurement. De même que la nature pourvoit avant la naissance à l'environnement nécessaire au corps physique, de même il incombe à l'éducateur, après la naissance, de pourvoir à l'environnement physique désirable. Seul ce dernier permet aux organes physiques de l'enfant de revêtir les formes voulues.

   Deux mots magiques indiquent comment l'enfant entre en rapport avec son entourage. Ces mots sont : imitation et modèle. Le philosophe grec Aristote a dit de l'homme que c'était, de tous les animaux, le plus enclin à l'imitation ; il n'est pas d'âge de la vie auquel ce mot s'applique mieux qu'à l'enfance jusqu'à la seconde dentition. Tout ce qui se passe dans son entourage, l'enfant l'imite ; et à imiter ainsi, ses organes physiques se coulent dans les formes qui leur resteront par la suite. Le terme d'« entourage physique » s'entend dans sa plus grande extension. Il implique non seulement tout ce qui se passe matériellement autour de l'enfant, mais tout ce qui se déroule dans son entourage, tout ce ce qui peut être perçu par ses sens, tout ce qui, à partir de l'espace physique, peut agir sur les forces de son esprit. Dans cet ordre de faits se classent également toutes les actions morales et immorales, sensées ou déraisonnables, dont l'enfant est témoin.

   Ce ne sont pas les aphorismes moraux, ce ne sont pas les exhortations raisonnées qui agissent sur l'enfant dans le sens indiqué, mais les actes que les grandes personnes accomplissent de manière visible sous ses yeux. Les enseignements n'agissent pas sur le corps physique en modelant ses formes, ils agissent sur le corps éthérique, et celui-ci, jusqu'à la septième année, est enclos dans une enveloppe éthérique protectrice, tout comme l'est le corps physique jusqu'à la naissance dans l'enveloppe maternelle physique. Tout ce qui doit se développer avant la septième année dans le corps éthérique en fait de représentations, d'habitudes, de mémoire, etc., doit le faire « tout seul », à l'instar des yeux et des oreilles qui se développent à l'intérieur du corps maternel sans le concours de la lumière extérieure...

   Dans un excellent traité de pédagogie, Levana ou Doctrine de l'éducation, de Jean-Paul, il est très judicieusement observé qu'un globe-trotter aura davantage appris de sa nourrice dans les premières années de sa vie qu'au cours de tous ses voyages ultérieurs. C'est que l'enfant n'apprend pas par des enseignements, mais par l'imitation, et ses organes physiques prennent leurs formes sous l'influence de l'environnement physique. L'oeil sera doué d'une vue normale lorsque l'enfant aura autour de lui les couleurs et la lumière convenables ; et lorsque les activités dont l'enfant est témoin sont empreintes de moralité, alors se constituent dans le cerveau et la circulation du sang les aptitudes physiques à un sens moral sain. Si l'enfant n'a sous les yeux avant sa septième année que des comportements déraisonnables, le cerveau prend des formes telles que dans la suite il n'est propre qu'à des sottises.

   Les muscles de la main développent leur force et leur vigueur en accomplissant un travail conforme à leur fonction ; de même, le cerveau et les autres organes du corps physique sont aiguillés dans les voies opportunes lorsqu'ils reçoivent de leur entourage les impressions qui conviennent. Un exemple mettra en évidence ce que nous entendons là. On peut confectionner une poupée en roulant une vieille serviette, en fabriquant des jambes avec des bouts de cette serviette, des bras avec deux autres bouts, la tête avec un noeud, et en figurant le nez, les yeux et la bouche avec des taches d'encre. On peut aussi acheter ce qu'on appelle une « belle » poupée avec de vrais cheveux et des joues peintes, et la donner à l'enfant. Inutile de dire que cette poupée n'en est pas moins affreusement laide, et bien faite pour corrompre le sens esthétique pour la vie entière. Mais ici la question capitale, dans la perspective de l'éducation, est d'un autre ordre que l'ordre esthétique. En effet, lorsque l'enfant a devant lui la serviette enroulée, il faut que dans son imagination il complète cet objet pour lui donner l'apparence d'un être humain. Ce travail de l'imagination active l'élaboration des formes du cerveau. Celui-ci s'assouplit et s'épanouit comme les muscles de la main grâce à un travail approprié. Si l'on donne à l'enfant une « belle poupée », le cerveau n'a plus rien à faire. Loin de s'épanouir, il dépérit et se dessèche...

   Si tous les hommes pouvaient, comme l'occultiste, pénétrer du regard le cerveau en train d'édifier ses formes, ils ne donneraient plus à leurs enfants que des jouets propres à stimuler l'activité modelante du cerveau. Tous les jouets qui consistent en de formes géométriques mortes dessèchent et entament les forces formatrices de l'enfant ; au contraire, tout ce qui suscite la représentation du vivant agit de façon juste. Notre époque matérialiste ne produit que peu de bons jouets. Excellents sont ces livres d'images dont les personnages peuvent être mus par des ficelles, si bien que l'enfant peut transformer lui-même l'image morte en l'image de personnages qui font quelque chose. Tout cela a comme conséquence une mobilité intérieure des organes, et par cette mobilité les organes prennent une forme correcte.

   Il faut, dans l'esprit de la science spirituelle, traiter différemment, au point de vue de l'entourage, un enfant nerveux, agité, et un enfant endormi et indolent. Tous les détails doivent être pris en considération, depuis les couleurs de la chambre et des objets dont l'enfant est d'habitude entouré, jusqu'aux couleurs des vêtements qu'on lui met. Il arrivera souvent aux personnes qui ne se laissent pas guider par la science spirituelle de faire fausse route, car l'esprit matérialiste prendra fréquemment des mesures opposées à celles qui conviendraient. Un enfant agité doit être entouré de couleurs rouges ou jaune-rouge, et être vêtu de même, tandis que pour un enfant plus apathique on aura recours aux tonalités bleues ou vert-bleu. Ce qui importe en effet, c'est la couleur complémentaire qui est éveillée dans l'âme. C'est par exemple le vert pour le rouge, le jaune-orange pour le bleu ; on peut facilement s'en convaincre en portant rapidement les yeux sur une surface blanche après avoir fixé pendant un certain temps chacune de ces deux couleurs. Ces couleurs complémentaires, produites par les organes physiques de l'enfant, engendrent les structures organiques correspondantes dont il a besoin. Si l'enfant agité voit autour de lui du rouge, il crée dans son être intérieur l'image complémentaire verte. L'activité qui crée la couleur verte a un effet calmant, et les organes s'imprègnent de cette tendance apaisante.

   Il est capital de tenir compte pour cet âge de la vie du fait que le corps physique se fixe à lui-même la mesure de ce qui lui est salutaire. Il le fait en donnant à ses désirs la forme et l'intensité voulues. On peut dire en général que le corps physique sain nourrit le désir de ce qui lui profite. Et aussi longtemps qu'est en cause le corps physique de l'être en croissance, il faut regarder de très près ce que demandent chez l'enfant l'envie saine, le désir de joie. Joie et plaisir sont les forces à l'appel desquelles les formes physiques des organes se constituent de la manière la plus juste. À cet égard, on peut pécher gravement en ne mettant pas l'enfant dans les rapports d'ordre physique convenables avec son milieu. Cela peut en particulier se produire pour l'instinct alimentaire. On peut gaver l'enfant avec des choses qui lui font perdre complètement son instinct naturel, alors qu'avec une nourriture convenable on peut sauvegarder cet instinct au point que l'enfant demandera lui-même exactement, au verre d'eau près, ce qui lui est salutaire dans les conditions données, et refusera tout ce qui serait de nature à lui nuire. Si on appelle la science spirituelle à élaborer un art de l'éducation, elle saura donner des indications jusque dans les détails de l'alimentation et des plaisirs du palais. Car cette science est bien adaptée à la vie, elle n'est pas qu'une pâle théorie.


source : L'éducation de l'enfant à la lumière de la science spirituelle, par Rudolf Steiner


 
Page 1     Un enfant   André A. Bernier

Page 2     Une éducation qui commence avant la naissance   Omraam Mikhaël Aïvanhov

Page 3     Lettre ouverte à tous les « méchants parents »   Stéphanie Charjoj-Auchere

Page 4     
Nos enfants   Shakti Gawain

Page 5     
Choisir d'avoir des enfants   Omraam Mikhaël Aïvanhov

Page 6     
Éduquer au renoncement et à la réceptivité   Placide Gaboury

Page 7     
Les enfants sont des miroirs   Shakti Gawain 

Page 8     
Rachel   Céline Galipeau

Page 9     
Comment éduquer son enfant   Robert Bélanger

Page 10   
Quelques principes de programmation mentale   Jacqueline Aubry

Page 11   
L'éducation de l'enfant à la lumière de la science spirituelle   Rudolf Steiner

Page 12   Les enfants « cristal »   Aurélie Pech


 

 


 

 
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